+88% en 24h : c'était truqué ?
Le mec qui truque tes prix de crypto
Hello 👋
Je t’écris de mon bureau à Marseille, et il y a 15 jours j’ai reçu le message d’une amie qui a inspiré le sujet de cette newsletter (tu vas comprendre).
On est plus de 78 000 ici chaque lundi, et ce que je vais t’expliquer aujourd’hui, c’est un truc qu’on vit toutes les semaines sans le savoir et qui te coûte de l’argent si tu ne le connais pas.
🌤️ L’actu crypto de la semaine
Pendant que tu te demandais si t’allais oser regarder ton portefeuille ce week-end (spoiler : t’as bien fait d’attendre), je suivais le marché crypto pour toi.
Le Bitcoin est à environ 63 000$ ce matin, soit -23% par rapport à son plus haut historique de 80 100$ touché début mai. Le Fear and Greed Index (l’indice de peur du marché, qui va de 0 à 100 et qui mesure la psychologie des investisseurs) est tombé à 12. C’est la zone qu’on appelle “peur extrême”. Pour te donner un repère : on n’avait pas vu un chiffre aussi bas depuis fin mars, juste avant un rebond de +38%. Statistiquement, c’est une zone d’achat plus qu’une zone de fuite. Mais statistiquement, c’est aussi une zone où le sentiment ne se retourne pas tant que les gros institutionnels n’arrêtent pas de vendre.
Et là justement, les ETF Bitcoin (les fonds américains qui détiennent du Bitcoin pour le compte des investisseurs traditionnels) sont sortis à hauteur de 4,33 milliards de dollars en 13 jours consécutifs. C’est leur record absolu depuis leur lancement en janvier 2024. Quand je te dis “ce qui mène le bal aujourd’hui, c’est l’institutionnel”, c’est exactement ça.
Le pivot de la semaine, c’est demain : le CPI américain (la publication mensuelle de l’inflation aux États-Unis, le chiffre qui fait bouger toute la planète finance) tombe à 14h30. Si l’inflation surprend par le bas, on a une vraie fenêtre de rebond. Si elle reste haute, la correction continue.
On regardera ça ensemble la semaine prochaine.
🎩 Pourquoi cette crypto a fait +88% sans qu’on comprenne pourquoi
Temps de lecture : 8 min.
Il y a 15 jours, une amie m’envoie un message. “Caro, t’as vu, POND vient de faire +88% en 24h. Je viens d’en acheter pour 800 euros. Tu en penses quoi ?”
Je regarde le graphique, et effectivement, grosse croissance. Je vais sur Twitter, sur le compte officiel du projet, sur les sites d’actu : rien. Aucune annonce de partenariat, aucun listing sur une nouvelle plateforme, aucune mise à jour technique annoncée.
Et pourtant le prix a presque doublé.
Du coup je lui explique ce que je vais t’expliquer dans deux minutes. Trois jours plus tard, elle est à -34% sur sa position. (C’est pas un drame, mais elle s’est dit : ah ben mince, j’aurais pu pas le faire si j’avais su.)
Voilà ce qu’elle ne savait pas. Et voilà ce que je vais t’expliquer aujourd’hui parce qu’un jour ou l’autre, ça t’arrivera (ou ça t’est déjà arrivé).
Le truc qu’on ne te dit jamais sur ces pumps, c’est que pour la moitié d’entre elles, c’est juste un mec qui a retiré ses ordres de vente d’une plateforme. Promis, je te raconte tout, mais avant je dois te présenter un acteur que tu ne connais pas et qui contrôle une bonne partie de ce que tu vois sur ton écran.
Cet acteur-là, s’appelle un market maker.
⎪🛠️⎪ C’est quoi un market maker à la base
Un market maker (j’utiliserai l’abréviation “MM”, c’est plus rapide), c’est un acteur dont le métier est d’assurer la liquidité sur les cryptos. En clair : c’est lui qui fait qu’à tout moment, quand tu veux acheter ou vendre une crypto sur Binance ou ailleurs, il y a quelqu’un en face de toi.
Il place en permanence des ordres d’achat et des ordres de vente autour du prix courant. Quand tu cliques “acheter”, c’est souvent lui qui prend l’autre côté de ta transaction sans que tu le saches. Il se rémunère sur la petite différence entre son prix d’achat et son prix de vente, ce qu’on appelle le “spread” (l’écart, en anglais).
Tu te demandes peut-être à quoi ça sert vraiment. Eh ben sans market maker, une vente de 100 000$ sur n’importe quelle crypto ferait chuter le prix de 5 ou 10% le temps que des acheteurs naturels arrivent. Le market maker absorbe la transaction et garde le prix stable.
Les acteurs majeurs du secteur sont Wintermute (un volume échangé qui se compte en milliards de dollars par jour, présent sur des dizaines de plateformes), GSR, Jump Crypto, Cumberland, B2C2, et DWF Labs. Tous opèrent sur la même fonction de base mais avec des modèles très différents.
Et c’est sur DWF Labs que je veux m’arrêter, parce que c’est l’acteur qui revient le plus souvent quand on creuse les mouvements de prix bizarres.
⎪💼⎪ DWF Labs, le market maker qui ne joue pas comme les autres
DWF Labs combine deux activités que les autres market makers séparent strictement : c’est à la fois un fonds d’investissement ET un market maker.
En tant que fonds, DWF investit dans des projets crypto (généralement entre 5 et 50 millions de dollars par opération) et reçoit en échange une allocation de jetons. Cette allocation est souvent soumise à un “vesting”, c’est-à-dire un déblocage progressif sur plusieurs mois ou plusieurs années (l’idée, c’est d’éviter que l’investisseur balance tout le jour du lancement et fasse exploser le prix par le bas). DWF détient donc physiquement un stock de chaque token de son portefeuille, qui peut représenter entre 1 et 5% des jetons en circulation.
En parallèle, ils signent des contrats de market making avec ces mêmes projets ou avec les plateformes sur lesquelles ils sont listés. Donc ils investissent dans le projet, ils détiennent les jetons, ET ils gèrent la liquidité sur ces jetons.
Tu vois où je veux en venir ?
DWF a à la fois un stock à valoriser et un contrôle sur la liquidité, ce qui veut dire qu’ils peuvent orchestrer des mouvements plus amples qu’un pur market maker ne le ferait jamais. Et DWF revendique aujourd’hui un portefeuille de plus de 1 000 projets qui couvre environ 20% des cryptos du top 100 et 35% du top 1000. (C’est ce qu’ils disent en tout cas, mais même en étant prudent sur le chiffre, ça reste un acteur structurant qu’on côtoie tous les jours sans le savoir.)
⎪🎚️⎪ Le marché aux puces et les 4 leviers
Avant de te détailler comment ils font monter ou baisser un prix, j’ai envie de te raconter un truc qui m’est arrivé il y a 2 ou 3 ans.
J’étais sur un marché un dimanche matin. Je tombe sur une chaise de designer scandinave à 200€. Le vendeur me regarde et me dit : “Ah, vous avez de la chance, j’ai eu 4 personnes intéressées hier qui m’ont demandé de la garder, mais aucune n’est revenue, donc elle est encore là.” Trop contente, je l’achète.
Une semaine plus tard, je tombe sur la même chaise, en aussi bon état, chez un autre vendeur. Elle est à 80€, donc je me suis fait avoir comme une débutante. En fait le premier vendeur m’a fait croire à une rareté qui n’existait pas. Les 4 acheteurs d’hier, il les avait inventés et moi j’ai payé pour cette histoire.
En crypto, c’est pareil, je t’explique leur truc.
Le premier, c’est le retrait sélectif de liquidité. Pour faire monter un prix, le market maker retire ses propres ordres de vente du carnet d’ordres (c’est une liste publique des acheteurs et vendeurs sur une plateforme, que tu peux voir si tu cliques sur “order book” sur Binance). Du coup, le prochain acheteur qui arrive ne trouve plus personne en face. Son achat propulse le prix beaucoup plus haut qu’il ne l’aurait fait normalement. Le mouvement est amplifié par un vide créé exprès.
Le deuxième, c’est la coordination entre plateformes. Un MM actif opère simultanément sur Binance, Bybit, OKX, Bitget, MEXC, Gate. Quand un mouvement démarre sur une plateforme, des programmes automatisés (qu’on appelle des bots arbitragistes) propagent mécaniquement le mouvement sur toutes les autres en quelques secondes. Le pump qu’on voit “partout en même temps” est en réalité un pump initié sur UNE plateforme et répliqué par des bots ailleurs.
Le troisième, c’est ce qu’on appelle le “spoofing”. C’est l’art de placer dans le carnet d’ordres de gros ordres affichés visibles par tous, sans intention de les remplir. Quand tu vois “un ordre d’achat de 500 000$” affiché à un prix donné, ça déclenche une réaction émotionnelle de FOMO (”Fear Of Missing Out”, la peur de rater l’opportunité), et de vrais acheteurs entrent. Une fois que les vrais ordres sont passés, l’ordre factice est annulé. Ca c’était les 4 acheteurs imaginaires de mon vendeur de chaise.
Le quatrième, c’est l’accumulation pré-news. Quand le MM est aussi investisseur au capital d’un projet, il a parfois connaissance d’annonces avant le public (un partenariat à venir, un listing, une mise à jour technique). Il accumule discrètement avant la news, puis distribue sur la hausse générée par les particuliers qui réagissent à l’annonce. Toi, tu achètes après la news. Lui, il vend pendant que tu achètes. Le mec sait avant toi, et il l’utilise.
⎪🌀⎪ Ce qui arrive à chaque fois
Sur les cryptos animées par un market maker actif comme DWF, on observe presque toujours le même schéma. Quand tu l’as vu une fois, tu le reconnais à chaque fois.
D’abord, la phase calme. Le token traîne avec une volatilité faible et un volume contrôlé.
Ensuite, le pump soudain. +50 à +300% en 24 à 72 heures, souvent sans aucune news fondamentale claire pour le justifier. C’est ici que tu vois passer le tweet “regarde, +180% sur 36h, c’est dingue !”.
Puis l’explosion du volume. Pendant 2 à 7 jours, les transactions sont multipliées par 10 à 50 fois. C’est la phase où tout le monde “découvre” le token.
Vient ensuite la distribution. Le market maker profite du volume qu’il a créé pour vendre son stock progressivement. Le prix arrête de monter et commence à reculer doucement, parfois en restant longtemps à un palier élevé pour ne pas alerter.
Et enfin, le retour. Le prix redescend à 60-80% sous le pic en 1 à 4 semaines, et finit par se stabiliser un peu au-dessus du point de départ (+10 à +30%, pas plus). Tous ceux qui ont acheté en phase 2 ou 3 sont en perte.
⎪🔎⎪ Et toi, dans tout ça ?
Concrètement, comment tu sais si une crypto que tu observes est animée par un market maker actif ? Trois signaux que je regarde systématiquement.
Le premier, c’est de vérifier si le token est dans le portefeuille public de DWF Labs. La liste est sur leur site, en accès libre. C’est pareil pour Wintermute, GSR, Jump Crypto : ces acteurs annoncent généralement leurs partenariats publiquement. Si la crypto que tu observes apparaît sur ces listes, tu sais que sa mécanique de prix n’est pas seulement organique.
Le deuxième, c’est le ratio entre le volume échangé sur 24 heures et la capitalisation totale du token (la valeur totale de tous les jetons en circulation). Sur le Bitcoin, ce ratio tourne autour de 3 à 5%. Sur Ethereum, c’est pareil. Sur les altcoins matures (les cryptos installées du top 50), c’est entre 5 et 15%. Quand un token dépasse 30%, et a fortiori 50 ou 100%, c’est un signal d’activité spéculative intense. Tu peux voir ce ratio gratuitement sur CoinGecko ou CoinMarketCap.
Le troisième, c’est l’absence de news fondamentale claire pour expliquer un mouvement violent. Si une crypto fait +100% et que rien ne sort dans la journée (pas d’annonce de partenariat, pas de listing, pas de mise à jour technique), méfiance constructive. Tu cherches pourquoi, et si tu ne trouves rien, tu as ta réponse.
⎪🪞⎪ Pour finir, la chaise du marché aux puces
Reviens à mon vendeur de chaise deux secondes.
Quand je connaissais pas la mécanique, je suis tombée dans le panneau. J’ai acheté à 200 euros une chaise qui en valait 80, parce que j’ai cru à une rareté qui n’existait pas.
En crypto, c’est exactement pareil. Les market makers sont nécessaires au fonctionnement du marché, c’est important de le dire. Sans eux, on aurait des écarts de prix énormes et beaucoup moins d’investisseurs particuliers capables d’acheter et de vendre tranquillement.
Mais certains, comme DWF Labs, créent une mécanique d’amplification spécifique qu’on retrouve sur une bonne partie des cryptos du top 100. Et cette mécanique-là, elle joue sur ta psychologie : la rareté qu’on te montre, l’urgence qu’on te suggère, le mouvement qui paraît trop beau pour le rater.
Quand tu connais la mécanique, tu n’arrêtes pas d’investir en crypto, tu choisis juste mieux. Tu te poses la question avant de cliquer.
C’est tout ce que je voulais te partager cette semaine.
À très vite dans ta boîte mail,
Bises,
Caro




