9 jours pour bouger tes cryptos de Binance
34 plateformes crypto vont fermer en France
Hello !
Je t’écris d’un lundi matin ou j’ai du réécrire cette newsletter 3x car l’actu de mon sujet n’a fait que bouger ! On est plus de 78 000 ici chaque semaine, et il y a clairement des milliers d’entre vous qui sont directement concernés par ce qui suit. Donc go.
🌤️ L’actu crypto de la semaine
Côté Bitcoin, on est autour de 64 000 $ ce matin, soit -2,8% sur la semaine.
Mercredi dernier, la Fed américaine (dirigée depuis le 15 mai par son nouveau président Stephen Warsh) a tenu un discours plus dur que prévu : sa projection officielle laisse maintenant entrevoir une hausse de taux fin 2026, plutôt qu’une baisse comme on l’attendait. Et pourtant, le marché a digéré sans paniquer.
Le Fear & Greed (l’indicateur qui mesure l’humeur des investisseurs sur une échelle de 0 à 100) est même remonté à 47, sortie de la zone “peur” pour la première fois depuis fin avril, aidé par un pétrole repassé sous 80 $ le baril (première fois depuis quatre mois).
Jeudi 25, le prochain chiffre d’inflation américaine (le PCE) va trancher la suite.
Mais le vrai sujet de la semaine, ce n’est pas le prix du Bitcoin. C’est la régulation européenne qui entre dans sa dernière ligne droite. Plus que 9 jours avant le 1er juillet et le grand ménage.
🚨 Quand ta banque ferme, ça s’annonce
Temps de lecture : 8 min
Imagine que tu reçois un courrier de ta banque demain matin. “À partir du 1er juillet, on ferme nos portes. Vous avez 9 jours pour retirer votre argent.”
Tu paniques un peu ? Tu t’organises ? Tu te dis “ok faut que je bouge ça là tout de suite” ?
Eh bien dans le monde de la crypto, c’est exactement ce qui se passe en ce moment pour 34 plateformes en France.
Et tiens-toi bien, Binance fait partie de la liste.
(Je voulais te parler d’un tout autre sujet cette semaine. Mais quand l’actu d’une plateforme utilisée par des millions de gens en Europe bascule en 72 heures à 9 jours du couperet, je me dis que c’est maintenant ou trop tard.)
Le truc qui change le 1er juillet
Depuis fin décembre 2024, l’Europe a un nouveau règlement pour la crypto. Il s’appelle MiCA (pour Markets in Crypto-Assets, “marchés des actifs en crypto”). Le nom est ennuyeux, l’idée est simple : avant, chaque pays européen avait ses propres règles pour autoriser les plateformes crypto à opérer. Maintenant, c’est un seul agrément européen, valable partout.
L’idée c’est un peu comme le passeport européen. Tu obtiens ton agrément dans un pays de l’UE, et il est valable dans toute l’Union. Une plateforme agréée en Allemagne peut opérer en France, en Espagne, partout. C’est ce qu’on appelle le “passeport MiCA”.
Sauf que ce nouveau passeport, il faut le décrocher. Et les plateformes qui opéraient avant fin 2024 avaient 18 mois pour s’y mettre. 18 mois qui se terminent le 30 juin 2026.
Donc le 1er juillet, ça ferme pour celles qui n’ont rien.
Les chiffres qui font peur
En France, sur 117 plateformes qui avaient le statut PSAN (l’ancien statut français qui leur permettait d’opérer), 83 ont décroché leur passeport MiCA. Tant mieux pour elles.
34 ne l’ont pas encore, et tu vas reconnaître certains noms dedans.
Le premier, c’est Bitget. Bon, pour Bitget, c’est déjà plié. Ils étaient blacklistés par l’AMF (le gendarme français des marchés financiers) depuis fin 2023, et ils ont annoncé en janvier qu’ils fermaient en France. Plus de nouvelles inscriptions depuis le 16 janvier, plus de trading depuis le 16 mars, et depuis le 31 mars les comptes sont en “mode restreint” : si tu as oublié des cryptos dessus, elles sont normalement transférées vers une plateforme tierce.
Si tu étais sur Bitget, va vérifier que tu n’as rien laissé derrière toi.
Binance, l’intouchable, qui n’arrive pas à passer
Je sais, ça paraît dingue. Binance c’est la plateforme crypto numéro un au monde, des millions d’utilisateurs en Europe, environ 40% du volume mondial des grands exchanges, près de 300 millions de comptes ouverts au global. Et pourtant, à 9 jours du couperet, ils n’ont pas leur agrément MiCA dans aucun pays de l’UE.
Comment c’est possible ? Je te raconte parce que c’est en train de se jouer en direct, et que cette semaine ça a vraiment basculé.
En 2022, Binance avait obtenu son enregistrement PSAN avec l’AMF. C’était le statut français de l’époque. Entre 2024 et début 2026, ils ont essayé de transformer cet enregistrement en agrément MiCA français complet.
Sauf que ça a coincé sérieusement.
L’ACPR (le régulateur bancaire français) a fait des inspections sur place début 2026 et a identifié des lacunes dans les systèmes anti-blanchiment de Binance. Et en parallèle, il y a une enquête judiciaire ouverte en France contre la plateforme pour blanchiment aggravé et fraude fiscale (sur la période 2019-2024), qui pèse forcément sur le dossier. Binance nie ces accusations.
Du coup, en janvier 2026, Binance a changé de stratégie. Ils ont déposé une demande d’agrément en Grèce, via une filiale créée pour l’occasion. L’idée : décrocher le passeport européen via Athènes plutôt que Paris, puis revenir en France grâce au passeport.
Et là, ça s’est emballé cette semaine.
Ce qui s’est passé entre lundi et vendredi
Lundi 16 juin, Reuters sort une info bombe : le régulateur grec va rejeter la demande Binance. Le même jour, Binance publie un communiqué officiel pour contester. Ils disent que la commission grecque a jugé leur dossier “conforme” et qu’ils attendent une réponse positive.
Ils promettent une mise à jour avant le 30 juin.
Jeudi 18 juin, Bloomberg sort un article qui dit que Binance regarde maintenant vers la France comme dernier point d’ancrage possible en Europe.
Vendredi 19 juin, AML Intelligence (un média spécialisé dans la régulation financière) sort une autre bombe : selon trois sources, Binance a finalement retiré sa demande en Grèce, anticipant le rejet.
Binance n’a pas démenti publiquement.
Et on est lundi matin, toujours aucun agrément, aucune annonce de plan B officiel. Toujours rien dans le registre européen des plateformes agréées (où je suis allée vérifier ce matin : 204 plateformes y figurent, Binance n’y est pas).
Donc on est dans une situation où la plateforme crypto numéro un mondiale est, sauf revirement spectaculaire d’ici le 30 juin, sur le point de ne plus pouvoir opérer dans l’Union européenne. Y compris en France.
Mais attends, c’est vraiment possible que Binance ferme ?
C’est la question que je me pose moi aussi.
D’abord, sur la “probabilité d’une vraie sortie définitive”, elle est très faible à mon sens. L’Europe représente 450 millions de consommateurs, c’est un des trois grands marchés mondiaux avec les États-Unis et l’Asie.
Sortir définitivement, ce serait sacrifier un pilier énorme pour Binance. Et la direction de Binance, depuis le settlement avec la justice américaine fin 2023 (4,3 milliards de dollars d’amende, démission du CEO historique CZ qui a depuis été gracié par Trump en octobre 2025), a complètement changé de posture : ils ont nommé Richard Teng, un ancien régulateur d’Abou Dhabi, dont tout le mandat est de remettre Binance dans les clous réglementaires partout.
Maintenant, sur “obtenir l’agrément avant le 1er juillet”, c’est très peu probable.
Un dossier MiCA, en théorie c’est 40 jours ouvrés de traitement. En pratique, ça prend entre 3 et 9 mois selon les cas. Aucun précédent connu d’agrément délivré en deux semaines. Donc même si Binance dépose en urgence en France ou ailleurs aujourd’hui, ça ne sera pas instruit avant le 30 juin.
Du coup, le scénario le plus probable selon moi : une sortie temporaire de l’Union européenne. C’est-à-dire que pendant quelques semaines, peut-être plusieurs mois, Binance opère en “mode dégradé” en Europe (retraits uniquement, pas de nouveaux achats, fenêtre pour transférer ses cryptos), pendant qu’ils finissent leur dossier dans un pays UE.
Ce n’est pas inventé, ils ont déjà fait exactement ça aux Pays-Bas en juillet 2023 (sortie ordonnée, pas de panique, les utilisateurs ont eu plusieurs semaines pour retirer).
Ce qui me conforte dans ce scénario, c’est que tous leurs grands concurrents sont, eux, agréés. Coinbase est passé via le Luxembourg en mars 2025. Kraken aussi. Bitstamp via le Luxembourg. OKX via Malte. Crypto.com via Malte. Bitpanda via l’Autriche. Gemini via Malte. Donc le problème n’est pas la régulation MiCA en elle-même (qui ne bloque pas les autres). Le problème est spécifique à Binance et à son historique compliance dans plusieurs pays.
Bref. Est-ce que Binance va se priver durablement du marché européen ? Non, je ne le crois pas. C’est trop gros et la maison Binance ne joue plus le bras de fer comme à l’époque CZ, elle joue la régularisation.
Est-ce qu’ils vont être inaccessibles temporairement à partir du 1er juillet ? Probablement oui, sauf miracle d’ici le 30 juin. Combien de temps ? Personne ne le sait. Quelques semaines dans le meilleur des cas, plusieurs mois dans un cas moins favorable.
Ce que ça veut dire si tu es sur Binance
D’abord, tes cryptos ne disparaissent pas. C’est important de le dire tout de suite, parce que j’ai vu sur Twitter des messages paniqués ce week-end de gens qui croyaient que leurs cryptos allaient s’évaporer le 1er juillet à minuit.
Ce n’est pas ça.
Concrètement, voilà ce qui peut arriver à partir du 1er juillet si la situation reste en l’état.
Premier cas, optimiste : Binance sort un lapin du chapeau avant le 30 juin (annonce d’un plan B validé en express). Si ça arrive, tu n’as rien à faire. Mais à 9 jours, je ne parierais pas dessus à 100%.
Deuxième cas, le plus probable aujourd’hui : Binance n’obtient rien d’ici le 30 juin et entre en “cessation ordonnée” en France. Concrètement, tu peux toujours retirer tes cryptos ou les vendre, mais tu ne peux plus en acheter de nouvelles. Tu as un délai (probablement plusieurs semaines, à confirmer par Binance) pour récupérer tout ce qui est dessus avant la fermeture définitive.
Troisième cas, vraiment moins probable : Binance refuse de coopérer ou traîne pour la transition. L’AMF peut alors faire bloquer l’accès au site depuis la France et il devient compliqué d’accéder à tes fonds. Juridiquement tes cryptos restent les tiennes, en pratique tu perds en flexibilité.
Je sais ce que tu te dis : “ok mais c’est Binance, ils vont pas vraiment fermer ?” Honnêtement, il y a une semaine, je te disais la même chose. Sauf que ce qui s’est passé jeudi et vendredi a changé mon analyse. Si tu peux anticiper, anticipe.
Du coup, qu’est-ce que tu fais concrètement ?
D’abord, va vérifier où sont tes cryptos. Tu as peut-être plusieurs comptes sur plusieurs plateformes différentes (c’est mon cas, j’ai testé pas mal de plateformes au fil des années pour pouvoir t’en parler honnêtement).
Si tu es sur une plateforme qui figure dans la liste des agréées, tu n’as rien à faire. Voilà les plateformes que tu connais probablement et qui ont leur passeport MiCA : Coinbase, Crypto.com, Kraken, Bitpanda, Bitstamp, OKX, Bybit, Trade Republic, Revolut, Coinhouse, SwissBorg. Certaines ont leur agrément directement en France (SwissBorg, Coinhouse). Les autres ont l’agrément dans un autre pays de l’UE et utilisent le passeport européen pour opérer chez nous.
Si tu es sur Binance, je te conseille sérieusement de ne pas attendre les 9 derniers jours pour décider. Moi j’aurais tendance à anticiper, pour deux raisons. La première, c’est qu’attendre la dernière minute pour faire un transfert, c’est prendre le risque que les serveurs Binance soient saturés par tous ceux qui font la même chose en même temps. La deuxième, c’est que si jamais on bascule sur le scénario 3 (blocage AMF, accès compliqué), c’est plus pénible à gérer.
Si tu es sur une plateforme plus petite que tu utilises pour des cryptos plus obscures, va vérifier son nom sur la liste blanche de l’AMF (sur amf-france.org, dans la section “Espace épargnants > Listes blanches et noires”). Si elle n’y est pas, c’est qu’elle fait partie des 34 sur le départ. Tu sais ce qu’il te reste à faire.
Transférer où, et comment ?
Trois options en pratique.
La première, c’est de transférer tes cryptos vers une autre plateforme agréée. Tu copies l’adresse de réception sur la nouvelle plateforme, tu colles dans la fonction “envoyer” de l’ancienne, et c’est parti. Le transfert se fait en cryptos directement, donc tu ne déclenches pas d’événement fiscal (tu ne vends rien, tu changes juste de coffre).
La deuxième, c’est de vendre tes cryptos et de récupérer en euros sur ton compte bancaire. Plus simple à comprendre mais attention : si tu es en plus-value, ça déclenche un événement fiscal en France (la flat tax à 30% s’applique sur la plus-value). À ne pas faire à la légère donc, et idéalement à éviter si tu peux faire un simple transfert.
La troisième option, c’est ce qu’on appelle le “self-custody” (auto-conservation). Tu deviens ton propre banquier : tu détiens tes cryptos toi-même sur un appareil physique, un Ledger ou un Trezor (ce sont les marques les plus connues). C’est la solution la plus sûre à long terme. Mais ça demande un peu d’apprentissage, et surtout : ne joue pas avec ta seed phrase (la suite de 24 mots que l’appareil te donne au début et qui te permet de récupérer ton wallet si tu perds l’appareil). Si tu perds ta seed phrase, tu perds tes cryptos. Pour de bon. Pas de service client, pas de “j’ai oublié mon mot de passe”, rien.
Ce que je fais moi personnellement
Comme je te le disais, j’ai testé pas mal de plateformes au fil des années pour pouvoir te dire ce qui marche et ce qui marche pas. Ma plateforme de prédilection en ce moment, c’est SwissBorg c’est mon lien d’affiliation, ce qui te donne un bonus à l’inscription et me rémunère un peu si tu t’inscris.
Parce que c’est la première plateforme à avoir décroché son agrément MiCA directement auprès de l’AMF française, en mars dernier. Pas via un autre pays européen, pas via passeport, directement en France, avec l’autorité la plus exigeante du continent. Pour moi c’est un signal de sérieux fort, et ça me rassure de savoir que je n’ai pas à me soucier d’un changement de régulateur ou d’un transfert de licence dans les mois qui viennent.
Note importante : je ne te dis pas de quitter ta plateforme actuelle si elle a son agrément. Coinbase, Crypto.com, Kraken, Bitpanda et les autres font très bien le job aussi. La différence avec SwissBorg, c’est juste qu’elle a fait l’effort de décrocher l’agrément AMF français en direct, ce qui m’a convaincue.
Pourquoi je pense que c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’avenir
Si tu es restée avec moi jusqu’ici, tu te dis peut-être : “ok mais c’est anxiogène ton truc, on dirait que tout va péter et que la crypto en Europe c’est foutu.”
En réalité, je pense que cette régulation MiCA, c’est plutôt une bonne nouvelle pour la crypto en Europe. Pendant des années, le secteur a été un peu le Far West : des plateformes qui montaient, qui descendaient, qui partaient avec la caisse (coucou FTX), des règles différentes selon les pays, l’impression que tu jouais à un truc pas vraiment légal.
Maintenant, on a un cadre exigeant : pour décrocher l’agrément MiCA, une plateforme doit prouver qu’elle a un capital minimum (entre 50 000 et 150 000 euros selon les services proposés), qu’elle sépare les fonds des clients de ses propres fonds, qu’elle a des procédures anti-blanchiment sérieuses, qu’elle est transparente sur les risques. Un cadre qui te protège, toi, en tant qu’utilisateur.
Et le fait que Binance soit en train de galérer ne signifie pas que MiCA ne marche pas. Au contraire. Tous les autres grands exchanges sont passés : Coinbase, Kraken, OKX, Crypto.com, Bitstamp, Bitpanda, Gemini, tous ont leur agrément MiCA depuis des mois. Si Binance ne passe pas alors qu’ils passent, ce n’est pas la régulation qu’il faut blâmer, c’est l’historique spécifique de Binance avec les régulateurs (du settlement américain de 2023 à l’enquête française en cours).
Le prix à payer cette semaine, c’est un peu de stress pour les 34 plateformes qui n’ont pas encore décroché leur ticket. Et beaucoup de stress pour la plus grosse d’entre elles, Binance, qui joue son avenir européen à 9 jours de l’échéance.
Mais le résultat à moyen terme, c’est un secteur crypto plus mature, plus régulé, plus protecteur. C’est ce qu’on attendait depuis longtemps en Europe. Et même si Binance disparaît temporairement de nos écrans français pendant quelques semaines ou quelques mois, je suis assez confiante sur le fait qu’ils reviendront, agréés cette fois, comme leurs concurrents.
Donc cette semaine, fais-moi plaisir : ouvre ton application crypto, regarde sur quelle plateforme tu es, et vérifie si elle est dans la liste des agréées. Si oui, tu peux refermer l’app et passer à autre chose. Si non, tu as 9 jours pour bouger.
Le 2 juillet, ce sera trop tard pour les retardataires.
À très vite dans ta boîte mail,
Bises, Caro




