L'enfer c'est de brancher une prise française aux États-Unis
En crypto on parle de bridges et d'interoperabilite
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Ca c’est l’état du marché la semaine dernière !
💰 L’enfer c’est de brancher une prise française aux États-Unis
Temps de lecture : 7 min
Tu connais cette galère quand tu pars en voyage et que tu te retrouves avec trois adaptateurs différents dans ta valise ? Un pour l’Angleterre, un pour les États-Unis, un pour l’Asie...
Et t’en as toujours un qui marche mal, qui chauffe, ou que t’as oublié à l’hôtel.
En crypto c’est pareil tu vas voir.
Chaque pays a son réseau électrique
Réfléchis deux secondes à ce bordel des prises électriques dans le monde.
En Europe, on a des prises rondes à deux tiges, en Angleterre, c’est des grosses prises rectangulaires à trois lamelles, aux États-Unis et au Japon, c’est des prises plates à deux lamelles, en Australie, c’est encore autre chose…
Et ce n’est pas que la forme de la prise qui change. C’est aussi la tension : 110V en Amérique du Nord, 220V en Europe, 230V en Australie.
En fait, chaque pays a développé son propre réseau électrique indépendamment, à des époques différentes, avec des normes différentes. Personne ne s’est mis d’accord au départ.
Résultat : quand tu voyages, tu es obligé de te trimballer des adaptateurs. Et ces adaptateurs, c’est des points de faiblesse : ils peuvent être de mauvaise qualité, chauffer, cramer, voire créer des courts-circuits.
Les blockchains, c’est exactement pareil.
Chaque blockchain est un réseau électrique différent
Maintenant, transpose ça aux cryptos.
Bitcoin, c’est un réseau électrique. Ethereum, c’en est un autre. Solana, un autre. Avalanche, Arbitrum, Optimism... Chacun est un réseau séparé avec ses propres règles, sa propre architecture, son propre langage.
Et tout comme tu ne peux pas brancher directement ton sèche-cheveux européen sur une prise américaine, tu ne peux pas envoyer directement des Bitcoins sur une adresse Ethereum.
Pourquoi ? Parce que Bitcoin et Ethereum ne parlent pas le même langage et n’ont pas la même architecture.
Une adresse Bitcoin ressemble à ça :
1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv7DivfNa.Une adresse Ethereum ressemble à ça :
0x742d35Cc6634C0532925a3b844Bc9e7595f0bEb.Ce ne sont pas les mêmes systèmes.
Si tu essayes d’envoyer du Bitcoin directement à une adresse Ethereum, ton Bitcoin va disparaître dans la nature, impossible à récupérer.
Les Bridges : Les adaptateurs de la crypto
Alors, comment on fait pour déplacer nos cryptos d’une blockchain à une autre ? On utilise des Bridges (des ponts).
Un Bridge, c’est comme un adaptateur de voyage. Ça permet de faire passer tes actifs d’un réseau électrique (une blockchain) à un autre réseau électrique (une autre blockchain).
Voilà comment ça marche concrètement :
Tu veux déplacer 1 ETH d’Ethereum vers Polygon. Tu vas sur un Bridge (genre le Polygon Bridge officiel). Tu connectes ton wallet. Tu dis : “Je veux envoyer 1 ETH d’Ethereum vers Polygon.”
Le Bridge te dit : “Ok, envoie-moi ton 1 ETH sur Ethereum.” Tu le fais. Ton ETH est maintenant bloqué dans le smart contract du Bridge sur Ethereum.
En échange, le Bridge te crée 1 ETH “enrobé” (wrapped) sur Polygon. C’est pas vraiment de l’ETH natif Polygon, c’est une version wrapped qui représente ton ETH bloqué sur Ethereum.
Maintenant tu as ton 1 ETH sur Polygon, tu peux l’utiliser sur toutes les applis Polygon. Et si un jour tu veux revenir sur Ethereum, tu refais l’inverse : tu renvoies ton ETH wrapped au Bridge, il brûle le wrapped et te débloque ton vrai ETH sur Ethereum.
En gros, le Bridge fait office d’intermédiaire. Il bloque tes actifs d’un côté et te crée une version équivalente de l’autre côté.
Exactement comme un adaptateur de voyage qui fait passer le courant américain 110V pour le rendre compatible avec ton appareil européen 220V.
Le problème : Les adaptateurs peuvent cramer
Un Bridge, c’est un smart contract qui détient des millions, voire des milliards de dollars d’actifs bloqués. Si ce smart contract a un bug, si des hackers trouvent une faille, ils peuvent vider tout l’argent.
Les plus gros hacks de l’histoire de la crypto :
Ronin Bridge (2022) : 625 millions de dollars volés
Ronin, c’était le bridge qui reliait Ethereum à la blockchain du jeu Axie Infinity. Des hackers ont compromis les clés privées des validateurs du bridge et ont vidé le coffre. 625 millions envolés.
Wormhole Bridge (2022) : 320 millions de dollars volés
Wormhole reliait Solana et Ethereum. Un hacker a exploité une faille dans le smart contract et a volé 120 000 ETH. Le protocole a dû être sauvé par un investisseur qui a remboursé les fonds perdus.
Nomad Bridge (2022) : 190 millions de dollars volés
Nomad reliait plusieurs blockchains entre elles. Une faille dans le code a permis à des centaines de personnes de voler des fonds. C’était tellement facile que même des gens qui ne sont pas des hackers professionnels ont participé au vol.
Harmony Bridge (2022) : 100 millions de dollars volés
Harmony reliait Ethereum, Binance Smart Chain et d’autres réseaux. Des hackers ont compromis les clés privées et ont tout volé.
En fait les Bridges concentrent énormément de valeur dans un seul smart contract, ce qui en fait des cibles ultra attractives pour les hackers.
Pourquoi les Bridges sont fragiles
Les Bridges sont fragiles pour plusieurs raisons :
Ils concentrent beaucoup d’argent au même endroit
Un Bridge qui gère des transferts entre Ethereum et Solana peut avoir 500 millions de dollars bloqués dans son smart contract. Si un hacker trouve une faille, il peut tout vider d’un coup.
Ils dépendent de validateurs externes
La plupart des Bridges ne sont pas totalement décentralisés. Ils dépendent d’un petit groupe de validateurs qui gèrent les transferts. Si ces validateurs sont corrompus ou piratés, le Bridge est compromis.
Ils sont techniquement complexes
Faire communiquer deux blockchains qui ne parlent pas le même langage, c’est ultra compliqué. Plus c’est complexe, plus il y a de chances qu’il y ait des bugs dans le code.
Ils sont encore jeunes
La plupart des Bridges ont été créés il y a seulement 2-3 ans. Ils n’ont pas eu le temps d’être testés à fond, audités à mort, éprouvés par des années d’utilisation. Ce sont encore des technos immatures.
Les différents types de Bridges
Tous les Bridges ne se valent pas. Il y en a plusieurs types, avec des niveaux de sécurité différents.
Les Bridges officiels (trustless)
Ce sont les bridges créés par les blockchains elles-mêmes. Exemple : le Polygon Bridge pour transférer entre Ethereum et Polygon. Ils sont généralement plus sûrs parce qu’ils sont maintenus par les équipes officielles, mais ils sont plus lents et plus chers.
Les Bridges tiers (trusted)
Ce sont des protocoles indépendants qui connectent plein de blockchains entre elles. Exemple : Wormhole, Ronin, Nomad. Ils sont plus rapides et moins chers, mais aussi plus risqués parce qu’ils dépendent de validateurs externes.
Les Bridges wrapping
Ils ne déplacent pas vraiment tes actifs, ils créent juste une version “wrapped” (enrobée) sur l’autre blockchain. Exemple : WBTC (Wrapped Bitcoin) sur Ethereum. Ton vrai BTC est bloqué quelque part, et tu as un token WBTC qui représente ce BTC.
Les Bridges atomiques (atomic swaps)
Ils utilisent des smart contracts ultra sécurisés pour échanger directement des actifs entre deux personnes sur deux blockchains différentes, sans intermédiaire. C’est théoriquement le plus sûr, mais c’est lent et pas très pratique.
Le futur : Chain-Agnostic
Maintenant, imagine un monde où tu t’en foutrais complètement du type de prise électrique.
Tu veux brancher ton téléphone ? Tu sors ton câble USB-C, tu le branches, ça marche. Que tu sois en France, aux États-Unis, au Japon ou en Australie. Tout est standardisé, tout est compatible.
C’est exactement là où la crypto essaye d’aller : un monde où tu t’en fous de savoir si t’es sur Ethereum, Solana, Polygon ou Arbitrum. Tu veux envoyer de l’argent à quelqu’un ? Tu envoies. L’infrastructure se débrouille pour router ton argent sur la bonne blockchain automatiquement.
Ça s’appelle être “chain-agnostic” : agnostique de la blockchain. Tu ne te soucies plus de la techno sous-jacente, ça marche juste.
Comment on y arrive ?
Les Layer 0 (Cosmos, Polkadot)
Ce sont des blockchains spécialement conçues pour connecter toutes les autres blockchains entre elles. Cosmos appelle ça “l’internet des blockchains”. L’idée, c’est que toutes les blockchains se branchent sur Cosmos, et Cosmos fait office de hub central qui route tout.
Les protocoles d’interopérabilité (LayerZero, Chainlink CCIP)
Ce sont des couches d’abstraction qui permettent aux développeurs de créer des applications qui fonctionnent simultanément sur plusieurs blockchains. Tu développes une app une seule fois, elle marche sur Ethereum, Solana, Polygon, Avalanche en même temps.
Les wallets multi-chains
Des wallets qui gèrent automatiquement tes actifs sur toutes les blockchains et qui font les bridges à ta place sans que tu t’en rendes compte. Tu vois juste “J’ai 5000€ en crypto” et le wallet se débrouille pour optimiser où sont tes actifs.
On n’y est pas encore, mais on avance. Dans 5-10 ans, peut-être que personne ne saura (ni ne se souciera) de savoir si son argent est sur Ethereum ou Solana. Ça sera juste “de la crypto” qui marche partout.
Comme aujourd’hui, personne ne se demande si son email est sur un serveur Gmail, Outlook ou Yahoo. Ça marche juste, les protocoles sont standardisés, tout communique.
En attendant, fais gaffe aux Bridges
En attendant ce futur idéal, il faut faire très attention avec les Bridges.
Quelques conseils :
Privilégie les bridges officiels : Le Polygon Bridge pour Polygon, l’Arbitrum Bridge pour Arbitrum, etc. Ils sont plus lents et plus chers, mais plus sûrs.
Ne laisse jamais d’argent sur un bridge : Dès que ton transfert est fait, retire ton argent. Ne laisse pas tes actifs “en transit” plus longtemps que nécessaire.
Méfie-toi des bridges tout neufs : Si un bridge vient de sortir il y a 2 semaines, attends. Laisse le temps aux auditeurs de trouver les bugs, aux hackers de tester s’il y a des failles.
Vérifie les audits de sécurité : Les bridges sérieux ont été audités par des entreprises spécialisées (Certik, Trail of Bits, OpenZeppelin). Si t’en vois aucun, fuis.
Ne mets pas tous tes œufs dans le même panier : Si tu dois transférer beaucoup d’argent, fais plusieurs petits transferts plutôt qu’un gros. Comme ça, si le bridge se fait hacker pendant ton transfert, tu perds pas tout.
Ma conclusion
Est-ce qu’un jour on aura un standard universel comme l’USB-C ? Probablement. Mais on n’y est pas encore.
En attendant, quand tu utilises un Bridge, fais comme si tu branchais ton équipement sur un adaptateur cheap de l’aéroport : surveille que ça chauffe pas, ne laisse pas tes affaires branchées trop longtemps, et sois prêt à tout débrancher en cas de problème.
Voilà, j’espère que maintenant quand tu entends parler de “Bridges” ou d’”interopérabilité”, tu ne te sens plus perdu·e.
Tu penses juste : “Ah oui, c’est l’adaptateur de voyage qui peut cramer. Faut faire gaffe.”
À très vite dans ta boîte mail,
Bises
Caro



