Tu as peut-être une crypto qui ne vaut plus rien
14 000 Français sont touchés. Moi j'en étais sortie, et pas par flair. Je te raconte.
Hello 👋
Je t’écris un lundi de juillet avec une pensée pour mon oncle (tu vas comprendre pourquoi dans deux minutes). On est plus de 78 000 ici chaque lundi, et vu le sujet du jour, je sais que certains d’entre vous sont directement concernés.
Alors je prends le temps de tout te raconter, y compris ma part de l’histoire.
🌤️ L’actu crypto de la semaine
Pendant que tu checkais la météo de tes vacances, je suivais le marché crypto pour toi !
Le Bitcoin finit la semaine presque là où il l’a commencée, autour de 62 800 dollars, mais le calme est trompeur : le cessez-le-feu avec l’Iran a volé en éclats (et le pétrole est remonté au-dessus de 70 dollars), la banque centrale américaine a durci le ton, et le chiffre de l’inflation américaine tombe demain à 14h30.
Le Fear & Greed (l’indice qui mesure la peur du marché, de 0 à 100) est à 28 : la peur domine encore. Je suis tout ça de près pour toi. Mais l’histoire du jour, c’est autre chose.
🏚️ L’investissement qui me faisait mortellement chier
Temps de lecture : 6 min
Il y a quelques jours, quelqu’un a parlé de RealT dans ma communauté. Et d’un coup, ça m’a fait super peur.
Pas que je sois concernée directement, car je n’y avais plus un euro (et tu vas voir que ce n’est pas parce que j’ai été maligne). Mais parce que je me suis souvenue de deux trucs : je t’en avais parlé en bien dans une newsletter en 2024. Et mon oncle, qui adore l’immobilier, y avait beaucoup investi à une époque.
Du coup je suis allée creuser. Et ce que j’ai découvert, c’est que RealT a annoncé le 2 juillet qu’elle liquidait tout. Environ 14 000 investisseurs français seraient concernés, d’après le cabinet d’avocats qui monte l’action collective en France.
Pour que tu comprennes cette histoire, il faut que je commence loin de la crypto. Par un appartement.
Mon appartement
Il se trouve que j’ai déjà été propriétaire de mon appartement. Je l’avais acheté avec mon ex, on y vivait, et quand on s’est séparés, on l’a revendu en quatrième vitesse, disons. On a eu énormément de chance sur ce coup-là : on a quand même fait une plus-value alors qu’on y était restés même pas deux ans.
Quand j’étais jeune, être propriétaire, c’était LE truc. J’avais vraiment cette sensation que c’était ce qui faisait de toi une personne adulte, un marqueur de réussite super important à mes yeux. Et quand je l’ai vécu, ça a complètement switché dans ma tête. En fait, ça ne me servait à rien. Parce que je me suis rendu compte d’un truc tout bête : l’immobilier ne m’intéresse pas, du tout.
Et l’administratif qui l’entoure, encore moins.
C’est là que j’ai compris la différence entre un accomplissement social (ce que tu as envie que la société pense de toi) et un intérêt personnel (ce qui te donne vraiment envie de t’y pencher un dimanche soir).
Les deux n’ont rien à voir, et on investit beaucoup trop souvent pour le premier.
Garde cette idée dans un coin, on va en avoir besoin.
Puis la crypto est arrivée
Quelques années plus tard, je découvre la crypto. J’avais ce sentiment que la blockchain était en train de changer le monde, mais j’avais beaucoup de mal à me dire : “ok, mais dans mon usage quotidien, qu’est-ce qui va changer concrètement ?”
Et là, j’entends parler de RealT.
Le concept : des maisons américaines (surtout à Detroit) découpées en fractions vendues sous forme de tokens (des parts numériques enregistrées sur la blockchain). Tu achetais par exemple 50 dollars d’une maison, et tu touchais chaque semaine ta part du loyer, en crypto.
J’étais trop heureuse. RealT a été la première boîte, à mes yeux, qui apportait un usage concret de la blockchain dans le monde réel. Et comme j’avais traversé mon histoire d’appartement, l’immobilier, c’était un secteur que je comprenais, disons, plus ou moins.
Alors j’ai investi. Et tu sais quoi ? Les loyers qui tombaient chaque semaine, ça m’a intéressée... mais presque pas. En vrai, j’étais surtout contente de comprendre un usage concret de la blockchain et de pouvoir l’utiliser.
La partie immobilier du truc, elle, ne m’a jamais passionnée.
Tu vois le problème arriver ?
“Faudrait quand même que tu ailles checker RealT”
J’ai décroché assez vite. J’ai dû investir pendant un an ou deux, peut-être trois, je ne sais même plus exactement. Même leur version 3.0, qui était objectivement très bien, ne m’intéressait toujours pas.
Et pendant des mois, il y a eu cette petite phrase qui revenait : “Putain, faudrait quand même que tu ailles checker RealT.” C’est resté dans ma to-do pendant longtemps. Et à chaque fois, ça me faisait mortellement chier d’y aller.
Un jour, j’ai fini par m’avouer le truc : si vérifier un investissement te fait chier à ce point, c’est que cet investissement n’est pas pour toi. Alors j’ai arrêté. Je n’avais rien vu venir, hein.
C’était pas de l’analyse, juste de la cohérence : un placement que je n’ai plus envie de suivre, je ne le garde pas.
Sur le coup, c’était une décision minuscule. Aujourd’hui, c’est elle qui fait que je te raconte cette histoire en spectatrice, pas en victime.
Ce qui s’est passé chez RealT
Parce que pendant que je me désintéressais, le dossier, lui, se dégradait. Je te la fais courte.
Été 2025 : un média local de Detroit révèle que RealT a vendu pour 2,72 millions de dollars de tokens sur 39 maisons... qu’elle n’a jamais achetées. Dans la foulée, la ville de Detroit attaque la boîte en justice : 408 propriétés visées, des logements insalubres, des taxes foncières impayées.
En février 2026, RealT arrête de verser les loyers aux investisseurs et admet que “le modèle ne fonctionne plus”. En avril, la justice confie environ 700 propriétés à un gestionnaire indépendant.
Et le 2 juillet, les fondateurs annoncent la liquidation : tout sera vendu.
Ce que les détenteurs de tokens récupéreront ? Personne ne le sait. Ça dépendra du prix de vente d’un parc immobilier en mauvais état, une fois déduits les taxes, les frais de justice et la rémunération du gestionnaire.
Et voilà un détail : les signaux étaient publics dès l’été 2025. Quelqu’un qui suivait le dossier avait un an d’avance sur l’annonce de la semaine dernière. Quelqu’un qui avait “oublié” ses tokens découvre aujourd’hui que les loyers sont coupés depuis février. J’espère de tout cœur que les 14 000 suivaient.
Ok, et toi dans tout ça ?
Deux questions à te poser.
Un : est-ce que tu as quelque part un placement (crypto ou pas) que tu ne suis plus du tout ? Une crypto sur un vieux wallet, un produit d’épargne pris “au cas où”, une plateforme dont tu as désinstallé l’appli ? Prends deux minutes après avoir lu cette newsletter et pose-toi la vraie question : je le suis, ou je sors.
Deux, la question qui pique : cet investissement, tu l’as fait parce que le sujet t’intéresse vraiment, ou parce que ça faisait bien de l’avoir ? Parce que la société trouve ça stylé ? Moi, mon appartement, c’était ça. N’importe quel investissement nécessite un minimum d’intérêt pour le sujet. Sans ça, tu ne le suivras pas. Et un placement que personne ne suit, c’est exactement l’histoire que je viens de te raconter.
Ça vaut pour la crypto aussi, hein. On peut acheter du Bitcoin et le garder très longtemps, oui. Mais l’acheter et l’oublier complètement, moi je ne le recommanderais même pas pour le Bitcoin. Si tu ne t’intéresses pas un minimum à la crypto, tu prends un risque inconsidéré par rapport à ton intérêt réel.
Les actifs volatils ne pardonnent pas l’oubli.
Et si un sujet t’intéresse moyennement mais que tu veux y être exposé quand même, il reste une option : quelqu’un doit surveiller pour toi. Je le vois dans ma communauté d’ailleurs : il y a ceux qui adorent la crypto et dévorent tout, et ceux qui n’ont pas envie d’y passer du temps et qui ne lisent que les alertes de suivi. Les deux approches se valent, ce qui ne marche pas, c’est d’avoir personne aux commandes.
Pour ceux qui sont dedans
Si tu as des tokens RealT, je ne vais pas te mentir : personne ne peut te dire aujourd’hui quel pourcentage de ta mise sera récupéré, ni quand. Sache qu’une action collective a été montée en France par un cabinet d’avocats, avec des inscriptions ouvertes jusqu’au 30 juillet 2026 (c’est payant, 360 euros). Je ne te dis ni de t’inscrire ni de ne pas le faire : les chiffres qui circulent viennent du cabinet lui-même et je n’ai trouvé aucune évaluation indépendante des chances de succès.
Dans tous les cas, garde une trace de tout : historique d’achats, adresses de wallet, e-mails, montants investis. C’est ce qui comptera, quelle que soit la suite.
La leçon que je garde
N’investis pas dans un sujet pour ce que ça dit de toi. Investis dans ce qui t’intéresse assez pour que tu aies envie de le suivre. Et si un jour tu remarques que checker un placement traîne dans ta to-do depuis des semaines, écoute ce signal-là : c’est le plus honnête de tous.
Si ça te fait chier, sors.
Rien de tout ça n’est un conseil en investissement : je te raconte mes choix et ce qu’ils m’ont appris.
À très vite dans ta boîte mail,
Bises, Caro




